Pages

lundi 13 juin 2011

Tous au Forum citoyen, 15 juin 2011, 16 h, devant le Sénat, contre le projet de réforme de l'internement et des "soins" psychiatriques


C.R.P.A. (Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie). Association régie par la loi du 1er juillet 1901.
14, rue des Tapisseries, 75017, Paris. Tel : 01 47 63 05 62.
Représentée par son président : André Bitton (même adresse). 
 
Pour les membres du CRPA Paris et Ile de France.        Paris, le 12 juin 2011.

Tous au forum citoyen appelé par les organisations signataires de la déclaration ci-dessous, mercredi 15 juin 2011, 16h, en face du Sénat : square Francis Poulenc, 75006, Paris, Métro Luxembourg ou Odéon.   
(N.B. : Le CRPA est signataire de l’ appel suivant, dans le cadre du collectif Mais c’est un homme. Nous serons également présents lors de la conférence de presse au Sénat, le 15 juin, à 14h30, avant le forum citoyen de 16h.)
Communiqué de presse :
Psychiatrie : Faisons du 15 juin une JOURNÉE de REFUS
du Projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes
faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge.
DÉCLARATION
Nous, collectifs et organisations signataires, réaffirmons notre refus du « Projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge »
Déjà inacceptable dans sa version initiale, les amendements successifs ont fini de dévoiler ses intentions premières : imposer la contrainte et le contrôle comme fondement du soin en psychiatrie. Ce n’est pas une loi sanitaire, mais une loi sécuritaire. Elle étend la contrainte à toute forme de soin en psychiatrie, de l’hôpital jusqu’au domicile. Elle prévoit en outre un « accueil » de 72 heures, véritable garde à vue psychiatrique sans droits de recours. La position soignante y est dégradée en « expertise de dangerosité », le soin relationnel est évacué. Elle est une grave atteinte aux libertés, elle dénature la décision du Conseil Constitutionnel imposant l’intervention du juge des libertés, en instituant un contrôle judiciaire au rabais. Elle met en place un authentique casier psychiatrique à vie.
Cette loi aggravera l’état déjà misérable de l’accès aux soins en psychiatrie et de son dispositif mis à mal par les politiques qui lui sont appliquées depuis vingt ans. L’état des lieux du soin en psychiatrie est catastrophique, dénoncé de longue date, et à juste titre, par les associations de patients, de familles, et les organisations de professionnels. Cet état de fait est aujourd’hui repris par la publication de diverses inspections dans un rapport de l’IGAS. Ce rapport reprend des faits sans revenir sur les causes historiques de délitement des formations et des budgets, sans tenir compte de la mise en place de la loi HPST. Nous le combattrons dans ses conclusions et préconisations car elles sont pour certaines absurdes, instrumentalisées par le gouvernement à des fins purement sécuritaires et insultante pour le travail des professionnels qui au quotidien luttent pour préserver la qualité de soin malgré les circonstances.
Cette orientation sécuritaire s’inscrit dans un processus plus global de stigmatisation de populations désignées comme dangereuses. Loi après loi, le fou, le jeune, l’étranger, ou le chômeur…, parmi les populations les plus vulnérables, deviennent ainsi des boucs émissaires pour incarner la peur afin de masquer le démantèlement à l’œuvre des services publics et des solidarités. Ainsi, dans le soin en psychiatrie, l’équilibre est rompu entre les nécessités de soins et les libertés individuelles.
Nous pensons qu’il est de la responsabilité de tous les citoyens et de toutes les organisations attachées au respect des droits de l’Homme d’exiger le retrait pur et simple de ce projet de loi. C’est la liberté de chacune et chacun d’entre nous qui est menacé.
Nous réclamons un plan de financement d’urgence pour le soin en psychiatrie, relançant les politiques de formation et donnant aux équipes les moyens d’accueillir, de soigner et d’accompagner la souffrance psychique.
Nous demandons l’organisation d’un débat national, incluant usagers, famille, organisations de professionnels et élus afin de poser les bases d’une loi sanitaire, humaniste, pour la psychiatrie publique de secteur soucieuse du respect des droits des citoyens.
Dès l’automne nous nous proposons d’ouvrir des espaces de débat pour organiser la résistance aux politiques de la peur.
- Le mercredi 15 juin alors que le Sénat débattra en 2ème lecture de ce projet de loi :
-          Délégation auprès du Sénat à 10 heures,
-          Les organisations signataires invitent journaux, radios, télévisions, média à une conférence de presse au Sénat à 14h30,
-          A un forum citoyen devant le Sénat square Francis Poulenc, de 16 h à 18 h.
Organisations signataires : Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, collectif Mais c’est un homme, Coordination des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Advocacy France, Attac, Cercle de réflexion et de proposition d’actions sur la psychiatrie (CRPA), CFDT, CGT Santé et Action Sociale, Fédération nationale des Croix Marine, FASE, Fondation Copernic, IDEPP, Ligue des droits de l’Homme, Nouveau Parti Anticapitaliste, PCF, Parti de Gauche, PS, SERPSY, Sud Santé Sociaux, Syndicat de la Magistrature, SPEP, SPH, USP.

mercredi 8 juin 2011

Un rapport de l'IGAS sur l'état de la psychiatrie, aux conclusions surprenantes!


C.R.P.A. (Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie). Association régie par la loi du 1er juillet 1901.
14, rue des Tapisseries, 75017, Paris. Tel : 01 47 63 05 62.
Représentée par son président : André Bitton (même adresse).  

- Communiqué.                                                                            Paris, le 6 juin 2011.
UN RAPPORT DE L’IGAS SUR L’ETAT DE LA PSYCHIATRIE FRANCAISE, AUX CONCLUSIONS SURPRENANTES.
Si ce rapport de l’IGAS de mai 2011[1] - publié en parallèle de l’adoption par l’assemblée nationale en 2e lecture du projet de réforme de l’internement psychiatrique - souligne des dysfonctionnements dans les établissements psychiatriques extrêmement graves, dont des maltraitances sur malades de la part de personnels, c’est pour conclure à un seul défaut massif de sécurité dans ces établissements et à un accroissement des mesures de sécurité, comme à une meilleure détection de la dangerosité des patients psychiatriques …
Pour les inspectrices de l’IGAS, Françoise Lalande et Carole Lepine, il ne s’agit donc en rien de prôner une humanisation des conditions des hospitalisations psychiatriques et un strict respect des droits fondamentaux des patients, ce qui aurait du être la conclusion logique de ce rapport au vu des éléments rapportés et enquêtés, mais au contraire, d’accroître les mesures de défiance et d’encadrement sécuritaires qui pèsent sur les patients.
 Dans de pareilles conditions, notre association dénonce les conclusions de ce rapport qui, pourtant, révèle des réalités dramatiques et authentiques des établissements psychiatriques.
On notera en annexe de ce rapport des données statistiques inédites. Nous connaissons ainsi d’après l’ annexe 4 de ce rapport page 36, pour 2009, près de 80 235 personnes tenues sous mesures de contrainte psychiatriques, contre 55 586 en 2006, soit une hausse en seulement 3 ans de 44 % du nombre de personnes sous mesures d’internements psychiatriques. La hausse globale de la population psychiatrisée, que ce soit sous contrainte ou en régime libre, étant de 21 % …
Mais qu’en sera-t-il au bout de 3, 4 ou 5 ans d’exercice de la réforme en cours d’adoption alors même que la légalisation des soins contraints hors les murs, devrait faire flamber en hausse le nombre de personnes sous mesures de contraintes psychiatriques, et alors même que le seul souci de l’autorité sanitaire aura été, comme le démontre ce rapport de l’IGAS, de sécuriser les installations et de mieux se garantir de la seule dangerosité des patients, en faisant de ceux-ci des ennemis intérieurs à surveiller, à juguler, à médiquer, à enfermer … bref à « soigner » (comme on dit !).
_______________________________________________________ 


[1] Rapport Tome 1. Inspection Générale des Affaires Sociales, RM2011-071P, Analyse d’accidents en psychiatrie et propositions pour les éviter. Françoise Lalande et Carole Lepine, membres de l’Inspection générale des affaires sociales. Mai 2011.

jeudi 26 mai 2011

L'Hospitalisation d'office devant le juge constitutionnel

C.R.P.A. (Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie). Association régie par la loi du 1er juillet 1901.
14, rue des Tapisseries, 75017, Paris. Tel : 01 47 63 05 62.
Représentée par son président : André Bitton (même adresse).  

- Communiqué de presse.                                                    Paris, le 25 mai 2011.

Le Conseil Constitutionnel contraindra-t-il le Gouvernement à revoir sa copie en matière d’internement d’office ?

OBJET : Audience au Conseil constitutionnel le 24 mai 2011 au matin, dans deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) portant sur l’hospitalisation d’office (H.O.) telle que régie par la loi du 27 juin 1990. (Affaires 2011-135/140 QPC).

Deux questions prioritaires de constitutionnalité sur l’hospitalisation d’office (loi du 27 juin 1990) étaient audiencées hier matin devant le Conseil Constitutionnel. La première dans une affaire A. Bounou, actuellement interné d’office en région parisienne. La 2e dans une affaire J.-L. Chessa également en cours d’internement d’office à Rennes. La première de ces affaires porte sur l’instauration de l’hospitalisation d’office pour un mois (article L. 3213-1 du code de la santé publique), mais aussi sur les maintiens de l’internement d’office. La 2e porte exclusivement sur les maintiens en hospitalisation d’office (article L. 3213-4 du code de la santé publique, CSP).
 La vidéo de l’audience de ce matin est disponible sur le site du Conseil constitutionnel : http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseilconstitutionnel/francais/videos/2011/mai/affaire-n-2011-135-140-qpc.97142.html.

N.B. : Je précise que l’affaire de M. J.-L. Chessa qui est à la base de l’intervention volontaire dans cette instance du Groupe Information Asiles (GIA), a été démarrée par moi-même en  février 2010 amplement avant que nous ne formions le CRPA en décembre 2010 sur la base d’une scission du Groupe Information Asiles, et que cette affaire a été traitée par Me Mayet, Me Ricard ayant repris cette affaire au niveau de la Cour de cassation et de cette QPC. Voir présentation du CRPA, article du 15 février 2011, sur le site du CRPA : http://psychiatrie.crpa.asso.fr/3  

La décision du Conseil constitutionnel sera rendue le 10 juin prochain, c’est à dire juste avant la 2e lecture du projet de réforme de l’hospitalisation sans consentement, au Sénat.

Si l’article L. 3213-1 du CSP sur l’instauration de l’hospitalisation d’office pour un mois est censurée par le Conseil constitutionnel (dans l’affaire de M. A. Bounou en l’espèce), le projet de réforme actuel du gouvernement pourrait dés lors être mis en péril, du moins sur les mesures d’office préfectorales en ce qui concerne le délai d’intervention du juge judiciaire (actuellement prévue pour couvrir le délai de quinzaine à partir du début de l’internement d’office).

Nous appelons les média contactés à couvrir cet évènement.


 

dimanche 22 mai 2011

Témoignage de Mr Laurent Wetzel, ancien Maire de Sartrouville (78) sur son internement arbitraire (juin 1995)



Cet internement abusif qui avait été rapporté à l’époque par les média d’ailleurs de façon tronquée, a prêté lieu à un ouvrage de Mr Laurent Wetzel : « Un internement politique sous la 5e République » Odilon Média ; juin 1997 (épuisé). C’est par cet internement que le pouvoir en place fit perdre à Mr Wetzel la Mairie de Sartrouville dont il était Maire, lors des élections municipales de juin 1995
Mr L. Wetzel, dans le témoignage ici publié, prend position en faveur d’une judiciarisation a priori de l’internement psychiatrique et s’appuie sur sa propre expérience pour étayer son propos.

Le 26 novembre dernier, le Conseil constitutionnel a partiellement censuré la loi du 27 juin 1990 sur l’hospitalisation sous contrainte pour troubles mentaux. Il l’a fait au motif que, selon cette loi, le juge n’intervient pas dans la décision qui conduit à l’hospitalisation, sans son consentement, d’une personne atteinte de troubles psychiques. Il a justifié sa censure en indiquant que « la liberté individuelle ne peut être sauvegardée que si le juge intervient dans le délai le plus court possible », et cela en vertu de l’article 66 de la Constitution, qui dispose :
« Nul ne peut être arbitrairement détenu. L’autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi. »
Il y a longtemps que la judiciarisation de l’internement psychiatrique était réclamée par des personnalités de premier plan. En 1904, Georges Clemenceau avait déposé une proposition de loi spécifiant que « tout internement d’aliéné constituera le délit de violation de la liberté individuelle s’il n’a été immédiatement soumis à la ratification de l’autorité judiciaire ». En 1976, François Mitterrand avait préfacé un ouvrage rédigé sous l’égide de Robert Badinter, Réflexions pour une Charte des libertés, dans lequel il était écrit : « L’autorité judiciaire a seule pouvoir de décider le placement d’un malade dans un établissement psychiatrique ».

Il fallut attendre la publication, en 1989, d’un livre percutant de Philippe Bernardet sur les internements arbitraires, Les dossiers noirs de l’internement psychiatrique, pour que les pouvoirs publics se décident enfin, en 1990, à améliorer la loi de 1838 relative à l’hospitalisation sous contrainte. Mais la nouvelle loi dite Evin-Rocard écartait à nouveau la judiciarisation de cette procédure malgré la demande instante de nombreux parlementaires.

La décision récente du Conseil constitutionnel oblige donc au vote d’une nouvelle loi prévoyant la saisine du juge lorsqu’il s’agit d’hospitaliser quelqu’un sans son consentement. Cependant, cette décision est assortie d’une étonnante recommandation qui fixe à 15 jours le délai au delà duquel l’intervention du juge devrait devenir obligatoire. Cette recommandation est étonnante car, d’après le code pénal, une séquestration qui dure plus d’une semaine est un crime, passible de la Cours d’assises. Elle n’en figure pas moins dans le projet de loi, actuellement en discussion au Parlement, qui vise à réformer la loi de 1990.

Mon expérience personnelle prouve que cette nouvelle disposition ne serait pas de nature à empêcher les internements arbitraires ni les conséquences extrêmement graves qu’ils peuvent entraîner, même quand leur durée est inférieure à 15 jours.

Cette expérience personnelle, je l’ai racontée, pièces à l’appui, dans un livre que j’ai publié aux Editions Odilon Media, en 1997, Un internement politique sous la Ve République. Barbouzes et blouses blanches.
Voici, en quelques mots, les faits que j’y relate :
  • En juin 1995, après avoir conduit des combats politiques difficiles, je suis candidat à ma réélection comme maire de Sartrouville, 2e commune du département des Yvelines.
    Le 18 juin, le jour même du second tour des élections municipales, à minuit cinq, je suis arrêté, devant mon domicile, par Bertrand Affres, le commissaire de police, entouré de 5 agents de la Brigade Anti-Criminalité. Il me contraint à monter dans une ambulance qui doit, me dit-il, m’emmener à l’hôpital Sainte-Anne. Il refuse de me laisser téléphoner à un avocat, à un médecin, à mon épouse. Il me refuse même d’aller chercher une brosse à dents.
  • A l’hôpital Sainte-Anne, le médecin de garde me questionne longuement et conclut : « Vous ne souffrez d’aucune pathologie mentale, votre hospitalisation n’aurait aucun sens ». J’ai obtenu plus tard copie des notes qu’il a écrites de sa main après m’avoir examiné. Il y affirmait effectivement :
    « M. Wetzel, âgé de 45 ans, amené par la police, ne présente pas de troubles maniaques, ni dépressifs, ni dissociatifs, ni de comportement »
    Je demande donc à ce médecin de me libérer pour rejoindre Sartrouville où le scrutin doit commencer quelques heures plus tard. Il croit nécessaire de consulter sa « hiérarchie », c’est-à-dire Guy Piau, Directeur de l’hôpital Sainte-Anne, dont je devais plus tard apprendre dans le Who’s Who qu’il avait été grand maître de la Grande Loge de France, et qui aurait dû, à ce titre, être tout particulièrement attaché au respect des droits de l’homme. Guy Piau lui donne alors l’ordre illégal de ne pas me laisser quitter l’hôpital Sainte-Anne où je serai séquestré pendant 12 jours par mesure préventive me diront des médecins dont les certificats reproduisent les calomnies que la police leur a communiquées sur mon compte.
  • Une fois libre, j’écris au Préfet des Yvelines, Claude Erignac, pour lui demander des explications sur mon arrestation par la police qui n’aurait pu intervenir que dans le cadre d’une hospitalisation d’office prescrite par un arrêté préfectoral. Il me répond qu’il ne s’est pas agi d’une hospitalisation d’office mais d’une hospitalisation à la demande de ma famille. Or, cette procédure n’existe pas. L’hospitalisation sous contrainte, c’est soit l’hospitalisation d’office, soit l’hospitalisation à la demande d’un tiers, et cette dernière formule exclut l’intervention de la police et impose la présence du tiers demandeur. Claude Erignac reconnaît, par là- même, qu’il s’est agi d’un enlèvement par la police, qui a déterminé une séquestration. Il termine sa réponse en incriminant le commissaire de police et le Procureur de la République.
  • J’en informe le commissaire de police qui m’assure avoir reçu ce qu’il appelle un « feu vert de sa hiérarchie » et proteste auprès du Préfet. Je reçois alors un second courrier, qui a reçu l’aval de Claude Erignac, qui est signé par Luc Rudolph, Directeur Départemental de la Sécurité Publique, et qui indique :
    « Il est clair que M. Affres n’a pas agi de son propre chef et avait préalablement obtenu le « feu vert » de sa hiérarchie et de l’administration préfectorale ».
L’ « opération », comme l’appelle Luc Rudolph, c’est-à-dire mon enlèvement par la police, a ainsi été ordonné par de hauts fonctionnaires du ministère de l’intérieur, au passé expressif :

• Claude Erignac, ancien Directeur du cabinet de Jacques Pelletier, ministre de la coopération dans le gouvernement Rocard.
• Luc Rudolph, ancien responsable de la « sécurité » sur le secteur français de Berlin-Ouest durant 6 ans.
• Gonthier Friederici, ancien membre du cabinet de Laurent Fabius à Matignon, qui était, à l’époque, sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye.
Mais il est clair aussi qu’une telle « opération », inédite dans l’histoire politique de notre pays, n’a pas pu être conduite par ces trois fonctionnaires sans qu’ils aient obtenu le « feu vert » de la « hiérarchie politique », c’est-à-dire, au moins, de Jean-Louis Debré, Ministre de l’Intérieur, et d’Alain Juppé, Premier Ministre, à l’époque où Claude Guéant était Directeur général de la Police nationale. Fin 1995, Jean-Louis Debré est d’ailleurs venu inaugurer le nouveau commissariat de Sartrouville, en présence de Claude Erignac, Luc Rudolph et Bertrand Affres, comme pour leur manifester sa satisfaction.

Peu après, j’ai annoncé publiquement, devant le Conseil général des Yvelines, que j’allais intenter des poursuites judiciaires contre les auteurs de mon arrestation illégale. Cela n’a pas ralenti leur carrière, bien au 
contraire :
• En janvier 1996, Claude Erignac fut promis Préfet de région, Préfet de la région Corse. J’ai, à ce sujet, écrit dans mon livre, page 228 : « C’était une promotion, mais ce n’était pas une sinécure : il y risque sa vie tous les jours et il a plus de mal à arrêter légalement les terroristes corses qu’il n’en a eu a arrêter illégalement le maire de Sartrouville ». Un an plus tard, il était également promu officier de la Légion d’honneur.
• En 1997, Jean-Louis Debré remit lui-même les insignes de chevalier de la Légion d’honneur à Luc Rudolph au ministère de l’intérieur. Luc Rudolph fut plus tard nommé Conseiller pour la sécurité de Nicolas Sarkozy puis de Dominique de Villepin au ministère de l’intérieur. Il a terminé sa carrière comme Contrôleur général de la Police nationale, directeur des services actifs de la Préfecture de police de Paris et officier de la Légion d’honneur.
• Dès 1997, Gonthier Friederici est devenu Préfet, et il n’a cessé de l’être depuis cette date. Il vient d’être, 7 ans durant, Préfet du Finistère.
• Bertrand Affres enfin, a été nommé, en mars 1996, à l’Inspection Générale des Services, la « police des polices » , ce qui ne manque pas de sel quand on sait le zèle qu’il a mis à appliquer l’ordre illégal de mon arrestation. J’ai pu constater, de visu, un peu plus tard, qu’il était adhérent du Front National.
Les répercussions de cet enlèvement par la police et de cet internement arbitraire de 12 jours sur ma vie politique, professionnelle, sociale, familiale, personnelle, furent considérables.
Dès l’aube du 18 juin 1995, les militants RPR de Sartrouville font courir, partout dans la commune, dans les bistrots, dans les marchés, dans les bureaux de vote, des rumeurs selon lesquelles, armé d’un révolver, j’aurais menacé de tuer ma famille, celle de mon adversaire RPR, un certain Pierre Fond, ami et protégé de Pierre Bédier, des groupes de Maghrébins, des voyageurs à la gare Saint-Lazare, ce qui aurait conduit le préfet Erignac à me faire arrêter par la police et interner d’office. A 14h20, une dépêche de l’AFP, se fondant sur des informations données par la préfecture, annonce mon internement d’office, et, à 15 heures, à la demande du RPR Michel Péricard, un flash de RTL, la radio la plus écoutée de France, proclame la nouvelle. 
Ce coup de police politique fait élire de justesse la liste de Pierre Fond, mais le tribunal administratif de Versailles ne manque pas d’annuler une élection qui s’est déroulée dans de telles conditions. A la surprise générale, près d’un an plus tard, le Conseil d’Etat juge normal mon enlèvement par la police, légales les rumeurs calomnieuses concernant ma dangerosité, légitime le flash de RTL, et confirme l’élection. Le principal responsable du Parti communiste à Sartrouville s’indigne en ces termes de ce qu’il appelle un « déni de justice » :
« A Sartrouville un pas a été franchi par le Parti au pouvoir : l’utilisation, au moment du scrutin municipal, en toute illégalité, de l’hôpital psychiatrique pour éliminer de force un candidat gênant. Le jugement de cour du seul Conseil d’État est un jugement de complaisance en faveur du parti au pouvoir, qui fait le silence sur les graves manipulations du suffrage universel. Pourquoi, sinon, après ce coup de force, le Pouvoir a-t-il muté en Corse le préfet des Yvelines ? » Claude Erignac et Renaud Denoix de Saint Marc, Vice-Président du Conseil d’Etat, ne répondirent pas.

Les conséquences de cet internement arbitraire ne furent pas seulement politiques. La lapidation politique qui s’ensuivit me causa des préjudices immenses. J’ai certes fait condamner en 1re instance, et, si nécessaire, en appel, les médias qui me firent passer pour un forcené qu’on aurait dû interner d’office, l’AFP, RTL, France 3, Le Figaro, France-Soir, Le Parisien Libéré, La Croix, dont l’article poursuivi fut le plus odieux de tous, mais le mal était fait. Le quartier où j’habitais à Sartrouville était appelé « le quartier du fou ». Je dus renoncer à vivre dans la commune dont j’étais conseiller municipal et conseiller général. On imagine ce que fut l’épreuve pour mon épouse, pour mes trois garçons, pour mes vieux parents. Ce que fut leur souffrance.

J’ai bien sûr tenté de saisir la justice pour obtenir la sanction des auteurs de ce forfait. Il m’aurait sans doute été possible de faire condamner les médecins qui avaient rédigé à mon encontre des certificats constituant des « faux » au sens pénal du mot. Mais les vrais coupables étaient ceux qui avaient abreuvé les médecins de calomnies sur mon compte, et surtout conçu puis mis en œuvre cette « opération », les responsables policiers, préfectoraux et politiques que j’ai nommés et qui bénéficièrent des plus haute complicités dans l’appareil de l’Etat pour chercher à rendre mes plaintes inopérantes. Parmi ces complices, Philippe Massoni, à l’époque Préfet de police de Paris, auparavant Directeur du cabinet de Charles Pasqua et bientôt chargé de mission auprès de Jacques Chirac à la Présidence de la République.

Plutôt que de risquer l’enlisement des mes plaintes dans des procédures longues et coûteuses, j’ai préféré écrire ce livre qui établit la culpabilité de ces gens-là, et je l’ai envoyé immédiatement à MM. Chirac, Juppé, Debré, Erignac, Rudolph, Friederici, Affres, Piau, etc. Aucun ne m’a poursuivi, ce qui revient à un aveu de culpabilité de leur part.

Ce dont je suis sûr, c’est que, si un juge avait été saisi de mon arrestation par la police dans la nuit du 18 juin 1995, il m’aurait fait libérer sur-le-champ et le cours de mon sort, celui aussi de mes proches en eussent été changé. C’est pourquoi je demande que le projet de loi actuellement en discussion au Parlement soit modifié et prévoit l’intervention immédiate du juge des libertés et de la détention, quand il s’agit d’hospitaliser une 
personne sous contrainte. C’est ainsi qu’on procède dans la plupart des pays européens.

Laurent Wetzel, le 18 mai 2011.
_______________________________________________

dimanche 8 mai 2011

PSYCHIATRISES: RESISTANCE!

Appel du CRPA aux personnes qui ont connu ou connaissent actuellement de l’institution psychiatrique.
Pour les personnes qui ont connu ou connaissent actuellement de la psychiatrie lourde et de ses ravages, l’heure est au tout médicament et à l'enfermement. Le projet de réforme gouvernemental en fait foi.

Nous lançons cet appel solennel : n’attendez pas qu’il soit trop tard, dans vos vies, et dans la déshumanisation qui vous a été programmée dans les institutions comme en ville. N’attendez pas le feu vert de votre psychiatre, de vos soignants, de vos parents, de vos frères et sœurs, de celles et ceux pour qui vous étiez en trop, et qui vous ont voués aux institutions psychiatriques. Vous faisiez tache pour ces gens là. Vous étiez en trop.

Entrez en résistance ! Rejoignez nous. Nouez vos solidarités. Organisez vous. Formez vos associations.
N’attendez pas de subsides des pouvoirs publics, qui ne vous en donneront que moyennant votre profil bas, et une absence de contestation de votre part.

Vous avez connu des horreurs en institution psychiatrique. Dénoncez les. Osez parler. Osez reprendre votre liberté.

PSYCHIATRISES : RESISTANCE !

Ce n’est pas parce qu’actuellement celles et ceux qui manifestent contre le projet de réforme de l’internement psychiatrique, sont très majoritairement des professionnels en désaccord, que vous devez oublier de vous joindre à nos quelques voix, émargeant des ex-patients ou d’actuels soignés en lutte contre les projets actuels concernant le champ psychiatrique. Rejoignez nous ! Sortez de la honte, du silence et de l’isolement.

PSYCHIATRISES: RESISTANCE!
______________________________________

samedi 7 mai 2011

Une démission au Sénat d'une rapporteur en désaccord avec la majorité UMP.


AFP. 6 mai 2011.
La sénatrice Muguette Dini renonce à être rapporteur du texte sur l'hospitalisation d'office
PARIS - La présidente centriste de la commission des Affaires sociales du Sénat, Muguette Dini, a démissionné de son poste de rapporteur du projet de loi sur l'hospitalisation d'office après son rejet en commission, a-t-on appris vendredi auprès de la commission. Le projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques et modalités de leur prise en charge a été rejeté mardi lors de son examen par la commission. Mme Dini avait fait voter, contre l'avis du gouvernement, la suppression d'une des mesures phares du texte, la possibilité de soins ambulatoires psychiatriques sans consentement. Furieuse, une grande partie des sénateurs UMP avait alors décidé de voter contre l'ensemble du texte. Le PS s'étant abstenu et les sénateurs communistes ayant également voté contre, le texte a été rejeté. C'est la première fois qu'un projet de loi est rejeté en commission depuis la réforme constitutionnelle de juillet 2008 prévoyant que le texte discuté en séance est celui voté en commission. S'appuyant sur l'article 42 de la Constitution, les services du Sénat ont décidé que ce serait le projet de loi tel que voté en première lecture le 22 mars à l'Assemblée nationale qui sera discuté en séance mardi après-midi. La commission des Affaires sociales désignera un autre rapporteur mardi matin. L'UMP présentera Jean-Louis Lorrain (Haut-Rhin), qui devrait être désigné. Ce projet de loi qui réforme l'hospitalisation d'office et introduit le contrôle du juge des libertés sur l'hospitalisation sans consentement a été voulu par le président Nicolas Sarkozy fin 2008 après le meurtre d'un étudiant à Grenoble par un malade enfui de l'hôpital. Il a suscité la colère de tous les syndicats de psychiatres, rejoints par des syndicats de magistrats, qui le jugent plus sécuritaire que sanitaire.