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vendredi 4 mars 2011

Lettre ouverte du Collectif Mais c'est un homme aux députés, contre le projet de réforme gouvernemental des soins psychiatriques contraints.

Lien: http://psychiatrie.crpa.asso.fr/

Mais c’est un Homme
Advocacy France, Association pour la recherche et le traitement des auteurs d'agressions sexuelles (Artaas), Attac France, Cercle de réflexion et de proposition d’actions sur la psychiatrie (CRPA), Collectif d’associations d’usagers en psychiatrie (CAUPsy), Collectif « Non à la politique de la peur », Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et des maternités de proximité, Fédération pour une alternative sociale et écologique, Fondation Copernic, Groupe multiprofessionnel des prisons, Ligue des droits de l'Homme, Nouveau Parti anticapitaliste, Parti communiste français, Parti de Gauche, Parti socialiste, Résistance sociale, Les Sentinelles égalité, SERPsy, Solidaires, Sud santé sociaux, Syndicat de la magistrature, Syndicat de la médecine générale, SNPES-PJJ-FSU, Union syndicale de la psychiatrie, Les Verts.


                                                                                    Paris, le 4 mars 2011

Réforme de la psychiatrie : une loi de grand renfermement !

Madame la Députée, Monsieur le Député,

Nous vous écrivons afin de vous alerter contre le projet de réforme de la loi de 1990 « relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet d’une prise en charge psychiatrique », qui doit être discuté à l’Assemblée nationale à partir du 15 mars 2011. Celui-ci marque un tournant sécuritaire gravissime concernant la psychiatrie, où le contrôle social généralisé de la normalité des comportements va remplacer l’accompagnement bienveillant des personnes en souffrance psychique.

Le pouvoir dévolu à l’autorité administrative d’enfermer toute personne présentant un « trouble », autrement dit tout déviant potentiel à l’ordre public, va être renforcé : sur le seul avis d’un médecin ne connaissant généralement pas le patient et soumis aux pressions, continuera de reposer la décision d’enfermement. Celle-ci pourra être prorogée indéfiniment, puisque le préfet ne tiendra pas forcément compte de l’avis du psychiatre de l’établissement mais surtout des nécessités de l’ordre public et de la sûreté des personnes, et qu’il multipliera les expertises, émanant d’experts qu’il choisira. Une scène de ménage un peu vive, une alcoolisation trop bruyante, une interpellation trop musclée, voire une simple manifestation de résistance ou d’opposition pourront ainsi conduire à un enfermement prolongé, sans raison médicale avérée.

Certes, pour tenir compte de la décision récente du Conseil constitutionnel, ce projet de loi prévoit que le juge des libertés et de la détention statue sur la mesure d’hospitalisation sans consentement au terme des quinze premiers jours, puis tous les six mois, pouvant en ordonner la mainlevée. Mais il est sûr que la justice ne disposera d’aucun moyen supplémentaire pour cela et, faute de compétence sur la maladie mentale, tendra à se reposer sur des experts médicaux déjà débordés ou, pire, à suivre l’injonction administrative. L’enfermement psychiatrique demeurerait en tout cas une loi d’exception. Ainsi, l’intervention du juge ne concernera pas le bien-fondé de l’hospitalisation en elle-même, qui commencera par une période d’observation et de soins de soixante-douze heures, véritable garde à vue psychiatrique.
Elle ne concernera pas plus les soins sans consentement en ambulatoire, y compris à domicile, dont le développement non contrôlé conduira au règne de l’arbitraire le plus total.
Les droits des patients et des familles seront gravement réduits : le patient ne sera informé sur ses droits que si son état le permet, et l’hospitalisation à la demande d’un tiers pourra être prononcée, aussi paradoxal que ce soit, sans demande de tiers ! Jusqu’à présent, le tiers demandeur, le conjoint, les ascendants ou descendants, pouvaient décider de la levée de l’hospitalisation. Désormais, le médecin pourra maintenir une personne hospitalisée contre l’avis de l’entourage. En outre, tout patient hospitalisé sous contrainte se verra fiché, et ce casier psychiatrique le suivra toute sa vie.
                                                                                                                                            
Le contre-pouvoir médical, comme celui des proches et des juges, sera réduit comme peau de chagrin : avec la nouvelle loi hospitalière, l’indépendance déontologique des psychiatres n’existe déjà plus puisqu’ils sont nommés par le directeur de l’établissement et sont récompensés à l’activité qu’ils produisent, ils sont autrement dit poussés à faire du chiffre et hospitaliser plus. Soumis aux pressions administratives et par peur de la faute, ils seront contraints à devenir des gardiens de l’ordre public, des experts en bon comportement ne pouvant garantir les libertés et donc la santé de leurs patients. La multiplication des certificats, fournis par des praticiens mis en rivalité et parfois triés sur le volet, conduira l’exercice médical à devenir une entreprise de contrôle régie par les lois du profit et de la concurrence. Mais cette gestion médicale de la paix sociale se paiera au prix fort : la confiance, à la base de l’alliance thérapeutique, va laisser place à davantage d’opposition et de violence de la part de patients qui auront toutes les raisons d’être persécutés.

Le plus dangereux est à venir : en introduisant la possibilité de soins sous contrainte à domicile, qui vont rapidement se généraliser en raison de l’encombrement des hôpitaux, ce projet de loi porte frontalement atteinte à la vie privée et à la liberté d’aller et venir. Compte tenu de l’absence de moyens alloués aux secteurs extra-hospitaliers, ces soins se limiteront la plupart du temps à injecter un neuroleptique retard, en attendant la géolocalisation, au plus grand bénéfice de l’industrie pharmaceutique et de l’ordre public réunis. Cette disposition d’une extrême gravité augure l’avènement d’une société de contrôle inédite où chacun sera tenu, au moindre écart de conduite, d’être enfermé et « traité » chez soi !
On voit comment l’ensemble de ce projet de loi fait glisser délibérément la psychiatrie, pratique médicale centrée sur la personne en souffrance, vers une police des comportements visant à éliminer symboliquement tout fauteur de troubles. En effet, ce n’est plus seulement le malade qui est visé, sous prétexte de dangerosité, mais l’ensemble de la population devant laquelle est agité l’épouvantail de l’exclusion morale, médicalisée, aseptisée. Il s’agit de soumettre le peuple en douceur, par la peur, en conditionnant une subjectivité passive et conformiste. Ce faisant, cette loi va aggraver la violence sociale, ce qui justifiera en retour son durcissement : cercle vicieux sécuritaire permettant au pouvoir en place de prospérer…
Voici venue l’ère du grand renfermement, chez soi et à l’intérieur de soi : sa seule fin est l’implosion psychologique, pour éviter une explosion sociale… Au fou !

Au contraire, c’est de davantage de moyens que la psychiatrie publique a besoin, de davantage de confiance et d’indépendance, au service des populations en souffrance. Il faut donc défendre la politique solidaire de secteur, et restaurer les contre-pouvoirs médical et judiciaire face à l’arbitraire d’un Etat de plus en plus policier. Il y a urgence : nous devons tous nous mobiliser pour la défense des libertés fondamentales et des valeurs républicaines, et pour la promotion de notre psychiatrie humaniste.

Espérant vous avoir éclairé(e) sur les dangers de ce projet de loi profondément antisocial et liberticide, et que vous aurez à cœur de lutter avec nous contre son adoption, nous vous prions d’agréer, Madame la Députée, Monsieur le Député, l’expression de notre sincère considération.




Contacts :
Claude LOUZOUN (USP) : louzounclaude@gmail.com –
Françoise DUMONT (LDH) : csfd@club-internet.fr  -
Jean VIGNES (SUD Santé Sociaux)  jvignes@sud-sante.org –

samedi 26 février 2011

Alerte contre le projet de réforme gouvernemental des soins psychiatriques.

Union Syndicale de la Psychiatrie, pour le Sud-Ouest
Ligue des droits de l’Homme, régions Aquitaine et Midi-Pyrénées
Sud Santé Sociaux, région Midi-Pyrénées
Appel des Appels, région Midi-Pyrénées
Collectif « Mais c’est un homme », pour le Sud-Ouest
Collectif contre la Nuit Sécuritaire, pour le Sud-Ouest
Association Serpsy
Attac
Syndicat de la magistrature

Objet : Réforme de la psychiatrie : une loi de grand renfermement !


Toulouse, Bordeaux, le 25 février 2011



Madame, Monsieur,


Nous vous écrivons afin de vous alerter contre le projet de réforme de la loi de 1990, « relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet d’une prise en charge psychiatrique », qui doit être discuté à l’Assemblée Nationale à partir du 15 mars 2011. Il marque un tournant sécuritaire gravissime de la psychiatrie, où le contrôle social généralisé de la normalité des comportements va remplacer l’accompagnement bienveillant des personnes en souffrance psychique.

Le pouvoir dévolu à l’autorité administrative, d’enfermer toute personne présentant un « trouble », autrement dit tout déviant potentiel à l’ordre public, va être renforcé : sur le seul avis d’un médecin, ne connaissant généralement pas le patient et soumis aux pressions, continuera de reposer la décision d’enfermement. Celle-ci pourra être prorogée indéfiniment, puisque le préfet ne tiendra pas forcément compte de l’avis du psychiatre de l’établissement, mais surtout des nécessités de l’ordre public et de la sûreté des personnes, et multipliera les expertises, de la part d’experts qu’il choisira. Une scène de ménage un peu vive, une alcoolisation trop bruyante, une interpellation trop musclée, voire une simple manifestation de résistance ou d’opposition, pourront ainsi conduire à un enfermement prolongé, sans raison médicale avérée.
Certes, suivant l’avis récent du Conseil Constitutionnel, le Juge des Libertés et de la détention contrôlera le bien-fondé de l’hospitalisation au terme des quinze premiers jours puis tous les six mois. Mais il est sûr que la Justice ne disposera d’aucun moyen supplémentaire pour cela et, faute de compétence sur la maladie mentale, tendra à se reposer sur des experts médicaux déjà débordés ou pire, à suivre l’injonction administrative. L’enfermement psychiatrique demeure en tout cas une loi d’exception, anti-constitutionnelle puisque la justice n’est plus le gardien de la liberté individuelle. Ainsi, l’intervention du juge ne concernera pas le bien-fondé de l’hospitalisation en elle-même, qui commencera par une période d’observation et de soins de soixante-douze heures, véritable garde à vue psychiatrique. Elle ne concernera pas plus les soins sans consentement à domicile, dont le développement non contrôlé conduira au règne de l’arbitraire le plus total.
Les droits des patients et des familles seront gravement réduits : le patient ne sera informé sur ses droits que si son état le permet, et l’hospitalisation à la demande d’un tiers pourra être prononcée, aussi paradoxal que ce soit, sans demande de tiers ! Jusqu’à présent, le tiers demandeur, le conjoint, les ascendants ou descendants, pouvaient décider de la levée de l’hospitalisation : désormais, le médecin pourra maintenir une personne hospitalisée contre l’avis de l’entourage. En outre tout patient hospitalisé sous contrainte se verra fiché, et ce casier psychiatrique le suivra toute sa vie.
Le contre-pouvoir médical, comme celui des proches et des juges, sera réduit comme peau de chagrin : avec la nouvelle loi hospitalière, l’indépendance déontologique des psychiatres n’existe déjà plus, puisqu’ils sont nommés par le directeur de l’établissement et sont récompensés à l’activité qu’ils produisent, autrement dit poussés à faire du chiffre et hospitaliser plus. Soumis aux pressions administratives et par peur de la faute, ils seront contraints à devenir des gardiens de l’ordre public, des experts en bon comportement, ne pouvant garantir les libertés et donc la santé de leurs patients. La multiplication des certificats, fournis par des praticiens mis en rivalité et parfois triés sur le volet, conduira l’exercice médical à devenir une entreprise de contrôle régie par les lois du profit et de la concurrence. Mais cette gestion médicale de la paix sociale se paiera au prix fort : la confiance, à la base de l’alliance thérapeutique, va laisser place à davantage d’opposition et de violence de la part de patients qui auront toutes les raisons d’être persécutés.
Le plus dangereux est à venir : en introduisant la possibilité de soins sous contrainte à domicile, qui vont rapidement se généraliser en raison de l’encombrement des hôpitaux, ce projet de loi porte atteinte frontalement à la vie privée et à la liberté d’aller et venir. Compte-tenu de l’absence de moyens alloués sur les secteurs extra-hospitaliers, ces soins se limiteront la plupart du temps à injecter un neuroleptique retard, en attendant le géolocalisation, au plus grand bénéfice de l’industrie pharmaceutique et de l’ordre public réunis. Cette disposition d’une extrême gravité augure l’avènement d’une société de contrôle inédite où chacun sera tenu, au moindre écart de conduite, d’être enfermé et « traité » chez soi !

On voit comment l’ensemble de ce projet de loi fait glisser délibérément la psychiatrie, pratique médicale centrée sur la personne en souffrance, vers une police des comportements visant à éliminer symboliquement tout fauteur de troubles. En effet, ce n’est plus seulement le malade qui est visé, sous prétexte de dangerosité, mais l’ensemble de la population devant laquelle est agité l’épouvantail de l’exclusion morale, médicalisée, aseptisée. Il s’agit de soumettre le peuple en douceur, par la peur, en conditionnant une subjectivité passive et conformiste : pour éviter la stigmatisation psychiatrique, chacun est appelé à devenir son propre médecin, son propre contrôleur, son propre policier. Ce faisant, cette loi va aggraver la violence sociale, ce qui justifiera en retour son durcissement : cercle vicieux sécuritaire permettant au pouvoir en place de prospérer…
Voici venue l’ère du grand renfermement, chez soi et à l’intérieur de soi : sa seule fin est l’implosion psychologique, pour éviter une explosion sociale… Au fou !

Au contraire, c’est de davantage de moyens que la psychiatrie publique a besoin, de davantage de confiance et d’indépendance, au service des populations en souffrance. Il faut donc défendre la politique solidaire de secteur, et restaurer les contre-pouvoirs médical et judiciaire face à l’arbitraire d’un Etat de plus en plus policier. Il y a urgence : nous devons tous nous mobiliser pour la défense des libertés fondamentales et des valeurs républicaines, et pour la promotion de notre psychiatrie humaniste.

Espérant vous avoir éclairé(e) sur les dangers de ce projet de loi profondément anti-social et liberticide, et que vous aurez à cœur de lutter avec nous contre son adoption, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de notre sincère considération.

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lundi 14 février 2011

Le site Internet du CRPA est en place. 14/2/2011.

Bonjour,

  Nous vous informons que le site Internet du C.R.P.A est en place. Vous le trouvez selon les url suivantes:

  - http://psychiatrie.crpa.asso.fr/ ou
  - http://crpa.asso.fr/

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dimanche 13 février 2011

Communiqué de l'Union Syndicale de la Psychiatrie (USP) du 1er/2/2011, sur le projet de réforme Gouvernemental de l'HSC.

52 rue Gallieni 92240 Malakoff
tél. 01 46 57 85 85 – fax 01 46 57 08 60
e-mail : uspsy@free.fr – site : www.uspsy.fr



COMMUNIQUE DE L’USP du 1er février 2011

Projet de réforme de la loi de 90 sur les soins sans consentement


L’USP s’émerveille des progrès du mal qui ronge le projet de réforme de la loi de 90 sur les hospitalisations sous contrainte : ce texte, au fil de ses modifications[1], devient de plus en plus anticonstitutionnel et contraire aux principes qui guident les soins sans consentement en droit européen.

Une mise à la diète législative paraîtrait salutaire pour enrayer cette boulimie, ou cette overdose, sécuritaire[2].

L’USP demande le retrait du projet de loi, et sinon participera activement à l’éradication de ce monstre législatif.


[1] Lettre rectificative au projet de loi.
[2] Les experts ne s’accordent pas sur le diagnostic.

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lundi 7 février 2011

Communiqué de presse du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire contre le projet de réforme gouvernemental des soins psychiatriques sans consentement.

Collectif des 39
Contre La Nuit Sécuritaire.

Communiqué de presse lundi 7 février 2011.

UN PROJET DE LOI INFAME



Le conseil des ministres vient d'adopter un projet de réforme de la loi de 1990 sur les hospitalisations sous contrainte qui permettrait d’introduire l’extension de l'obligation de soin au-delà du temps de l’hospitalisation, c'est à dire y compris à domicile.
Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, dénonce vivement le contenu de ce projet sous tendu par une seule et unique idéologie: « les malades mentaux doivent être traités comme des délinquants et des récidivistes voire des criminels potentiels ».

Le soin en psychiatrie n'est pas une succession et un assemblage de techniques. C'est un mensonge de faire croire qu'une sélection de « bonnes pratiques » professionnelles reproductible d'une personne à une autre soulagera la souffrance de chacun. Chaque sujet est singulier et appelle à une proposition spécifique de soin.

Un dispositif gestionnaire, policier et sécuritaire se met progressivement en place depuis plusieurs années et tend à se substituer aux véritables soins dont les malades ont besoin.

Donner l'illusion de répondre à la détresse des malades et à l'inquiétude des familles par un système de contrôle permanent est une imposture qui ne fera qu'aggraver les conditions d'accueil des patients et de travail des soignants Nous dénonçons cette dangereuse dérive qui interdit toute possibilité de construire un projet sanitaire de qualité pour l'avenir qui tiendrait compte de la singularité des situations.

Le collectif demande le retrait immédiat de ce projet indigne et appelle à une mobilisation la plus large possible des patients, des familles, des professionnels, et des responsables politiques pour le faire abroger.


samedi 5 février 2011

Un sketch de Sud Santé Sociaux qui critique la politique actuelle de rationalisation des soins psychiatriques.

Psychiatrie industrielle et psychiatrie artisanale, de Jean Vignes et de Nelly Derabour, infirmiers psychiatriques syndicalistes de Sud Santé Sociaux. Meeting à Lille, le 1er février 2011, du Collectif "Mais c'est un homme".
- Pièce en deux scènes.
Scène 1 (le débat)
Deux personnages :
Adeline Blanchette (AB): Infirmière de Secteur Psychiatrique (espèce soignante menacée d’extinction)
Georges Hubert de la Tabatière (GHT): conseiller ministériel en consulting managérial (parasite en voie de développement)

GHT: Bonjour,
Je remercie tout d’abord les organisateurs de ce colloque de me permettre de vanter l’approche rationnelle et bienveillante de nos gouvernants en matière d’industrialisation.
L’industrialisation à pour objet à la production de biens par l’individualisation des taches et la production en série d’une même pièce à grande échelle. L’industrialisation vise à la mécanisation d’une activité de production pour à en diminuer le coût. C’est un processus répétitif, standardisé.

AB : Bonsoir,
A l’opposé de l’industrialisation l’artisanat se définit par une production au cours de laquelle l’artisan effectue toutes les taches, de la matière première à l’ « objet fini ». Chaque étape doit être pensée en fonction de multiples facteurs. C’est la pensée dans son interaction avec la matière et le savoir faire de l’artisan qui sont mis au travail tout au long du processus. L’artisanat crée une œuvre à chaque fois originale.

GHT : Le soin infirmier en psychiatrie industrielle vise à la précision d’enchaînements de séquences, soumises à évaluation dans le respect de protocoles délimités au sein de bonnes pratiques. Chaque séquence étant découpée en unité de travail et en tâches pour pouvoir la quantifier et l’évaluer. Une prise en charge consistant à la mise en œuvre de séquences prédéterminées. En psychiatrie, le processus d’industrialisation peut se décliner en fiche de postes, protocoles, algorithmes de diagnostics.
Il tend à évacuer le hasard, réduire la singularité par la recherche de similitude, du plus grand commun diviseur instrumentalisable.

AB : Le soin infirmier en psychiatrie artisanale consiste à accompagner un cheminement de pensée. Il n’a pas pour intention première de réduire des symptômes mais de les accueillir, d’entendre ce qui est parfois indicible et socialement inaudible, voire irrecevable. Ces symptômes, qui traduisent une souffrance, retentissent sur les plans biologiques, sociologiques et psychologiques de façon intimement intriquée. Ces intrications sont de nature complexe induisant des états singuliers. L’intelligence du soignant réside dans sa faculté à accompagner ce cheminement, en évitant projection et substitution, en ouvrant des espaces d’expression à l’autre et en étant réceptif à ce qui s’en exprime. Le soin en psychiatrie artisanale s’adapte aux circonstances, s’appuie sur des individualités travaillant en équipe à la recherche permanente d’un plus petit commun multiple.

GHT : En psychiatrie industrielle protocoles, évaluations, bonnes pratique sont basés sur le déterminisme, la maîtrise, à chaque situation doit correspondre une réponse standard. Protocoles, évaluations, bonnes pratiques sont des outils normés. L’avantage de la psychiatrie industrielle est qu’elle produit des données quantifiables. Une tache consomme tant d’équivalent temps plein de professionnels, use telle quantité de matériaux, à tel prix, etc… Un ensemble de tâches est classé dans un protocole, ces protocoles enchaînés produisent des séquences, une bonne pratique consiste à l’exécution de séquences déterminées en fonction de pathologies regroupées en groupes homogènes.  Il s’agit d’éradiquer toute forme de hasard. Le soin industriel doit être maîtrisé dans une approche productiviste intégrée dans la logique de marché.

AB : L’artisanat n’est pas réductible à une tache effectuée à un moment donné dans un enchaînement précis. Le produit de l’artisanat n’est pas quantifiable, c’est une œuvre collective inachevable et inachevée. En psychiatrie artisanale le soignant est son propre outil de travail, il est en évolution constante. Il est en dynamique dans le cadre d’un espace de soin élaboré par un ensemble d’intervenants multiples. Pour les artisans, chaque histoire de soin est unique. Feuilleton ou roman elle appartient au sujet des soins qui donne les éléments du scénario à chaque chapitre et à qui appartient toute forme de  conclusion ou non. C’est une œuvre de tisserand aux motifs uniques pour laquelle cent fois sur le métier l’ouvrage est remis.

GHT : Dans la psychiatrie industrielle les taches sont effectuées par des employés aux fiches de postes préétablies. Chacun a une tache, ou un ensemble de tache à effectuer, chacun à son niveau à la responsabilité de l’exécution de ces taches ou de celles de ses subalternes. Le problème de la psychiatrie industrielle pourrait venir du fait qu’elle ne s’adresse pas à de la matière inerte qui réagirait de façon standardisée aux protocoles. Alors la psychiatrie industrielle s’appuie sur les statistiques et les moyennes, les plus fines possible pour faire rentrer la singularité dans des normes. C’est la recherche permanente de la réduction en objet du sujet. Les troubles mentaux et la psychiatrie ont un coût direct et indirect en Europe équivalent à 4% du produit intérieur brut, il est de notre devoir d’assainir cette situation en se fixant des objectifs précisément quantifiés, réduction de 10% du nombre de psychotiques en situation de précarité, de 20% le nombre de suicides, de 20% le nombre de troubles bipolaires non reconnus, augmenter de 20% le nombre de personnes traitées selon les recommandation des bonnes pratiques.
AB : Dans la psychiatrie artisanale une équipe de professionnels croise ses champs de compétences personnels et professionnels à chaque situation particulière, pour élaborer un soin « cousu main ». Elle s’appuie sur la créativité des différences. Pour la psychiatrie artisanale la souffrance n’est pas une maladie, elle est l’expression d’une altération. L’équipe accompagne un être vers une évolution qui lui permet de passer outre certains déterminants de souffrance vers une plus grande liberté, c'est-à-dire restaurer la capacité de vivre avec autrui et de rester en lien avec soi même.
GHT : La psychiatrie industrielle, vous la connaissez à travers l’évolution des mesures orientant le dispositif actuel. Que ce soit le dernier produit du ministère prosaïquement appelé : étude d’impact, que ce soit par l’effort financier de sécurisation, ou que ce soit par la mise en place des évaluations, contrôles, codification, systèmes de protection…  (AB interrompt GHT)
AB : Je dirais plutôt que vous la connaissez par la souffrance au travail et la souffrance éthique exprimée pas les soignants. Ils souffrent d’être des acteurs de la mal-traitance institutionnelle malgré eux, « fauteurs » de mise en isolement et de camisoles chimiques. Ils revendiquent des effectifs formés à l’écoute et de la disponibilité pour l’accompagnement. Vous la connaissez aussi par la morbidité et la souffrance des populations que le dispositif est censé soigner, laissées à l’abandon dans la souffrance psychosociale ou croupissant en prison.
GHT : La psychiatrie industrielle a pourtant pour but d’assurer la sécurité de chacun, elle investit dans la vidéo et les clôtures, les vigiles et la mise en place de référentiels Elle construit des Unités pour Malades Difficiles, Unité Hospitalières Spécialement Aménagées, chambre d’isolements et secteurs fermables… (AB interrompt GHT)
AB : Pour ça oui ! Nous la constatons au quotidien la montée de cette psychiatrie industrielle. Elle signe un choix politique. Une politique optant pour une organisation économique de la société prônant le mérite individuel et la concurrence, et visant à une  réduction des coûts sociaux par toujours plus d’enfermement. Une politique qui stigmatise, criminalise, fiche et exclut, reposant sur l’idée que la maladie mentale implique un trouble potentiel à l’ordre public. Un projet politique qui enferme les soignants dans des soins en chaîne et qui enchaîne à l’extérieur par des obligations de soins avec pour seules scansions la prise de traitements médicamenteux. 

Scène 2 l’appel à résistance
AB et l’Ariègeois. (militants)
La psychiatrie industrielle croît dans un monde où les inégalités et les souffrances psychosociales s’aggravent. La psychiatrie industrielle se met en place dans un monde où l’autre est désigné comme un concurrent, un agresseur, ou la politique s’appuie sur la peur de l’autre. Où la protection est devenue un paradigme dans la recherche de la sécurité absolue et du risque zéro comme tenant lieu de désir. Sud santé sociaux, avec de nombreux autres acteurs ici présents à travers plusieurs associations et collectifs, tente de mettre en œuvre une résistance au délitement du dispositif de soin en psychiatrie.
En ce qui concerne la psychiatrie artisanale, nous avons accompagné son développement dans le cadre de la politique de secteur sur la dynamique de la psychothérapie institutionnelle et de la psychanalyse. Elle lie médecine et philosophie, sociologie et psychologie.
Elle nécessite un cadre politique orienté vers le développement de systèmes socialisés respectant la personne et ouverts à la création.
C’est un choix politique totalement différent, fondamentalement opposé à la politique d’industrialisation.
La psychiatrie artisanale se déploie dans un monde de rencontres, où le hasard y est une aventure et le collectif une ressource. Un monde complexe dont la richesse vient de la communauté de singularités et la différence de l’autre un apport pour sa propre identité.
Nous en appelons à la création de lieux, de groupes de résistance, transverses, mêlant professionnels et usagers, comme « Mais c’est un homme »,  nous appuyant sur les travaux d’autres groupes comme les collectifs « Contre les politiques de la peur », le Comité Liberté Egalité Justice, nous inspirant des initiatives et des luttes comme celle menées à Toulouse en fin d’année dernière exprimant le refus de la maltraitance institutionnelle.
On peut passivement laisser l’autoritarisme venir corseter nos pratiques et réduire notre pensée dans une psychiatrie industrielle ou se revendiquer d’une psychiatrie artisanale militante.
Ne rien faire c’est faire le choix de la mise en place d’une politique et de pratiques déshumanisées, ce n’est pas le notre.





















vendredi 4 février 2011

Meeting à Lille le 1er février 2011, du collectif Mais c'est un homme. Intervention pour le C.R.P.A.

  
André Bitton, Président du C.R.P.A. Ancien président du Groupe Information Asiles (GIA).  Voir le site, http://crpa.asso.fr/                                                                                

TITRE : Pourquoi les associations d’usagers s’engagent ? Dénoncer le déni des droits des personnes psychiatrisées.

1°) Pourquoi des associations « d’usagers » s’engagent ? :

  Au printemps 2010, en même temps que le Gouvernement faisait connaître son projet désastreux et sécuritaire de réforme de l’hospitalisation et des soins psychiatriques contraints, quelques associations d’usagers malheureusement peu nombreuses, se sont mobilisées dans le cadre du collectif inter-organisations « Mais c’est un homme ». Un des principes de nos associations était d’aller contre l’affirmation médiatique du ministère de la santé selon laquelle dans le cadre de ce projet de réforme, « les associations d’usagers  ont été consultées », ou mieux même « ont donné leur accord ». Nous entendons démentir cette « unanimisme » gouvernemental. En effet, dans l’affirmation gouvernementale il faut entendre par « associations d’usagers », essentiellement la Fnapsy (Fédération Nationale d’Associations d’usagers en psychiatrie) qui a, à de nombreuses reprises, marqué son accord dans les grandes lignes avec le projet de réforme gouvernemental, ainsi qu’avec le principe pivot de ce projet : la légalisation de la contrainte aux soins en ambulatoire. Nos associations, au contraire de ce positionnement consensuel, sont en total désaccord avec le projet de réforme gouvernemental de la contrainte psychiatrique. Ce projet de réforme ne consiste pas en un texte portant sur les soins, mais sur une série de mesures de sécurité. Il ne s’agit pas non plus d’un texte en faveur des droits fondamentaux des patients, mais d’un texte qui va à l’encontre des droits des personnes psychiatrisées.

2°) Du déni des droits fondamentaux des personnes subissant ou ayant subi la contrainte psychiatrique :

  Je reprends cette déclaration que j’ai en substance entendu de nombreux intervenants sur le champ psychiatrique, il y a certes longtemps, au début des années 90, alors même que la notion de « droit des patients » peinait à être entendue des professionnels en psychiatrie. Déclaration  qui, hélas, résume un certain état d’esprit malheureusement majoritaire dans l’institution psychiatrique: « Les droits fondamentaux sont antithétiques avec les soins psychiatriques ».  Ce contenu très classique, est couramment émis par des professionnels de santé mentale, des parents de patients, des politiques, des autorités diverses, des journalistes,  l’opinion publique donc également … Il faut comprendre dans ce contenu, que ce sont les droits des patients en tant que droit à la liberté, et aux droits les plus fondamentaux des personnes, qui, en psychiatrie, ne sont pas de mise, sont incompatibles avec la thérapie elle-même, et vont contre la logique et la nécessité des soins. Mais aussi également que ces mêmes droits des patients, en tant que réalités pratiques, sont incongrus, et que leur réclamation par les patients est même pathologique.

- Rappel historique: 1837-1838, rapports des 4 experts-aliénistes mandatés par le Gouvernement de Louis Philippe, roi de France, en vue de l’instauration d’une loi spécifique sur les aliénés (ce sera la loi du 30 juin 1838). Pour l’un des ces experts dont la thèse l’emportera : Esquirol ; les aliénés doivent être totalement remis dans les mains des hommes de l’art, les aliénistes (actuels psychiatres), sans regard ni contrôle extérieur, et en particulier sans qu’il soit question d’un contrôle judiciaire de l’internement de ces mêmes aliénés. Seul l’expert Guillaume Ferrus (qui sera minoritaire et dont la thèse sera rejetée), proposera que l’internement soit décidé par voie judiciaire. Il subsistera de cette polémique, le droit de saisine inscrit dans la loi du 30 juin 1838, du Président du Tribunal de grande instance couvrant le lieu de l’internement à fin d’élargissement éventuel, et des contrôles périodiques de magistrats et d’administratifs, des asiles d’aliénés. Ces visites de contrôle ne seront rapidement du reste que protocolaires.

  Dés la naissance de la psychiatrie comme discipline séparée, le droit étant mis hors champ, l’affirmation de quelconques droits des patients est également rejetée et niée. La psychiatrie française ratera donc dans cette perspective, en restant dans sa tradition administrative  (la contrainte psychiatrique décidée entièrement par voie administrative), les tournants progressifs par lesquels au long du 20ème siècle les droits des personnes, sont de plus en plus nettement affirmés, en tant que droits fondamentaux, selon un cadre judiciaire, avec les recours adéquats rendus possibles.

  C’est donc en tant que système clos, totalitaire, que l’institution psychiatrique a, très rapidement, dés le 19ème siècle, organisé sa mise hors champ judiciaire, et donc sa négation consubstantielle des droits fondamentaux des personnes soumises à sa contrainte. On voit donc aisément que le déni des droits fondamentaux dans le champ psychiatrique est une partie intégrante et essentielle de ce champ et de ses pratiques.


 - Dans notre actualité : Il subsiste de nos jours de larges pans de cette idéologie « anti juridique », à travers d’une part le refus obstiné de toute judiciarisation des hospitalisations sans consentement (sauf un faux semblant tout récent, faisant suite à une décision du conseil constitutionnel contournée par le gouvernement), comme de toute prise en compte pratique des droits des patients en tant que droits fondamentaux pouvant être pris en charge par les « usagers » eux-mêmes, avec leurs avocats, organisations et conseils. Ainsi, au titre des subsistances de cet état d’esprit, ces services psychiatriques qui rejettent comme pathologiques, les demandes des patients sous contrainte de pouvoir accéder à un avocat.

  Dans le cadre de ce déni des droits fondamentaux des patients, la psychiatrie a, historiquement, très rapidement organisé et pensé la « pathologisation » de quelconques réclamations pour le droit venant de patients, ou d’ ex patients, comme d’ailleurs celles venant de proches, de parents, ou d’amis et de soutiens d’internés.

  Pour la psychiatrie institutionnelle et, hélas pour la majorité des soignants en exercice - malheureusement pour ces professions, comme pour les populations aux prises d’ailleurs - le recours au Droit est un symptôme déclaré ou latent, de pathologie paranoïaque au sens de la paranoïa processive procédurière.

  D’après les témoignages des « usagers » qui se confient aux associations structurées de nos jours sur ce champ, seule une minorité de soignants du cadre hospitalier respectent les droits de recours des patients, ainsi que l’expression par les patients de leur volonté de recourir. Une majorité de soignants du cadre hospitalier rejettent les demandes de recours des patients, voire les qualifient de pathologiques, certains n’hésitant pas à pratiquer face à ces demandes de recours, par exemple des contre mesures chimiothérapiques (hausse des dosages de traitements psychiatriques).

  Il est donc particulièrement heureux que les animateurs et parties prenantes du collectif Mais c’est un homme, en particulier issus des soignants en psychiatrie, aient pu se regrouper clairement pour un rejet de ce même déni des droits fondamentaux des patients psychiatriques, et pour une « judiciarisation » de l’hospitalisation sans consentement vue également en tant qu’ouverture de voies de recours judiciaires effectives pour ces mêmes patients.

  Nous considérons qu’il est grand temps de rompre avec cette logique de refus et de déni des droits fondamentaux des patients en psychiatrie.
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